En raison du marasme narratif dans lequel s’est enfoncé ce feuilleton et du fait du départ en vacances de son auteur, lequel aurait déclaré que « l’idée d’une interruption du travail a été validée aussi bien par Dieu que par la CGT », la production de Une romance catastrophique a confié la création des derniers épisodes à DonaldTrope, une intelligence artificielle spécialisée dans la résolution de conflits narratifs. Merci de votre compréhension.



n réalité, Dominique n’avait pas dit bonjour en arabe. Dominique n’avait d’ailleurs rien dit du tout. Brendy et Jean avait simplement été victimes d’une hallucination auditive collective, ce qui arrive souvent avec les individus qui font une fixation sur un sujet et se mettent à voir, entendre ou sentir l’objet de leur obsession, par exemple des revenants, du camembert, Taylor Swift ou Gabriel Attal. Heureusement, Jean s’était souvenu de ce phénomène avant que la situation ne dégénère, Brendy criant déjà « Au voleur » en tambourinant sur le capot du C15. Quand elle eut repris son calme, ils chargèrent donc ce qui restait de PétuniaLove dans le véhicule et se mirent en route vers le sud.

La camionnette traversa une France si dévastée que les survivants en oubliaient, pour la plupart, d’être un tiers racistes. L’état de PétuniaLove ne s’améliorait pas. La pauvre enfant dépérissait chaque minute un peu plus, à mesure qu’elle prenait conscience que l’absence de réseau touchait la totalité du territoire, et peut-être même le monde. Et puis, comment savoir ? Sans Tiktok, ni X, ni Insta, comment être au courant de ce qui se passait ailleurs ? Et pire, comment raconter au reste de l’Humanité ce qu’on était en train de faire ? C’était donc ça, la vie au XXe siècle ? Cette solitude relativement absurde ? À quoi bon vivre si personne n’était le spectateur de notre quotidien ? Ainsi, elle se laissait mourir.

De temps en temps, Jean et Brendy essayaient de distraire la jeune femme.

— Pourquoi tu dis toujours « relativement » ? demanda Jean.

Cela sembla revigorer PétuniaLove relativement temporairement.

— Parce que nos opinions sont relatives, répondit-elle. Ton jugement dépend de ton point de vue et de tes biais d’interprétation. Il n’y a aucune chance pour que tu dises quoi que ce soit d’objectif. Jamais.

Brendy soupira, les yeux au ciel, en se jurant de ne plus jamais poser de question à cette cinglée, mais Jean ne baissa pas les bras et fit son possible pour que PétuniaLove ne dépérisse pas.

— J’ai une devinette, dit-il. Tu sais comment on appelle un islamo-gauchiste qui se met à internet ?

PétuniaLove fronça les sourcils. Son premier réflexe fut de chercher la réponse sur Google mais elle éclata en sanglots en réalisant que c’était impossible.

— Un e-woke, dit Jean. Mais voyons, arrête de pleurer, un e-woke ! C’est rigolo, non ? Ewok ? e-woke ? T’as compris? PétuniaLove fut prise d’un hoquet renifleur qui vira en crise de nerfs spasmodique pendant que Jean essayait d’imiter les créatures poilues du Retour du Jedi.

Ils traversèrent Clermont-Ferrand, dont il ne restait guère que quelques briques et des tas de pneus Michelin brûlés. PétuniaLove paraissait toujours plus faible, incapable désormais de lever la tête et parvenant à peine à articuler des mots.

— Jean, dit-elle. Est-ce que je suis en train de mourir d’une mort tragique ?
— Je sais pas trop, répondit Jean. Tu meurs parce que t’as pas internet depuis cinq heures, alors non, pas vraiment.
— Ouf, souffla PétuniaLove dans une ultime expiration. Je suis rassurée. Au moins, je finirai pas dans une chanson de Calogero.

Sur quoi, son regard se figea, les tremblements de ses doigts cessèrent, et elle mourut relativement.

— Oh ! Regardez, dit Brendy. Les volcans d’Auvergne !

En effet, au loin, les dômes majestueux de la chaîne des Puys s’élevaient, insensibles au sort des humains et d’une petite influenceuse qui venait de rejoindre son Créateur de contenus.

— Mais, les volcans, demanda Jean, c’est normal qu’ils fument ?
— Non, dit Dominique.