mmanuel Macron s’exprimait depuis ce qui restait du Palais de l’Élysée. Derrière lui, entre deux drapeaux déchirés, français et européen, on voyait le jardin présidentiel dévasté, des arbres centenaires couchés, la pelouse trouée, un carnage qui n’était pas sans rappeler la grille de rentrée de France Inter.

— Mes chers compatriotes, dit le Président, mes chères météorites, j’ai entendu votre colère. Vous avez exprimé avec force un désir de changement. Je l’ai entendu. Paul Ricœur disait que ce qui arrive est toujours autre chose que ce que nous avions attendu. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui. Croyez-moi, je suis conscient qu’il n’est pas simple de traverser l’espace glacial pendant des millions d’années pour ensuite se désagréger dans l’atmosphère terrestre en quelques secondes, juste avant de percuter le sol. Je comprends parfaitement ce que vous ressentez et afin de répondre à votre inquiétude, il est de mon devoir de vous apporter une réponse à la hauteur de votre détresse. C’est pourquoi je vous invite, dès la rentrée, à reprendre les rênes de la démocratie en participant à La Grande Réunion Citoyenne. Un site internet sera créé pour l’occasion et vous pourrez, librement, exprimer vos souhaits, tous vos souhaits, rien que vos souhaits. De plus, devant l’urgence des événements, et afin de lutter contre d’éventuelles prochaines catastrophes naturelles, il conviendra de supprimer cent mille postes de fonctionnaires dans les secteurs inutiles, comme les hôpitaux, les écoles et la justice. Confucius disait qu’il vaut mieux allumer une chandelle que de maudire l’obscurité. Ne maudissons pas l’obscurité. Allumons la chandelle de l’espoir. Vive la République, vive la France.

La Marseillaise n’avait pas fini de retentir que, déjà, tout le monde avait oublié le discours de Macron et s’en voulait d’avoir perdu du temps à le regarder, exactement comme pendant le générique de fin d’une mini-série américaine adaptée d’un bouquin d’Harlan Coben.

La journée fut occupée par les préparatifs. Jean était encore faible et Brendy lui intima de se reposer dans sa chambre pendant que les autres chargèrent le C15 avec des boîtes de conserve extraites de la délirante réserve que Marie-Mireille avait accumulé dans son abri souterrain. Celui-ci contenait les produits indispensables à la survie en cas d’apocalypse : nourriture déshydratée, eau filtrée, comprimés d’iode, CD de Larusso…

— Qu’est-ce que vous faites ? demanda PétuniaLove à Marie-Mireille, qui versait le contenu de bouteilles d’eau minérale dans des gourdes en métal.
— Jean va piquer une crise s’il voit qu’on utilise des bouteilles en plastique.

Elle lui tendit les bouteilles vides.

— Tiens, rends-toi utile. Va planquer ça dans le buisson, là-bas.
— C’est relativement éthiquement discutable, dit PétuniaLove, mais elle obéit quand même.

Telle la cote de popularité de Didier Deschamps, le soleil plongea et, avec l’arrivée de la nuit, la température baissa légèrement. On ouvrit quelques boîtes de conserve, qui servirent de repas, puis les membres de la petite équipe trouvèrent chacun un lieu où dormir.

— Je ferai peut-être mieux de rester près de vous, dit Brendy à Jean. Vous êtes blessé. Ce n’est pas prudent de rester seul, cette nuit.
— Oui, vous avez peut-être raison, répondit Jean.
— N’importe quoi, intervint Marie-Mireille. Sa chambre est juste à côté de la mienne. La cloison est tellement fine que j’ai toujours tout entendu ce qui s’y passait. Le moindre bruit !

Jean devint tout rouge et fila dans sa chambre.

Cette nuit-là, si on exceptait Olympics, la nouvelle chanson d’Arielle Dombasle, aucune nouvelle calamité ne s’abattit sur le pays.