
ean suait à grosses gouttes, parce qu’il faisait très chaud, mais aussi parce qu’il voyait déjà le bain de sang inévitable qui résulterait de la rencontre entre Brendy et sa mère. Il essaya de gagner du temps.
— Voilà voilà, dit-il en se retournant vers le C15. Bon, moi j’enfile juste une salopette et on y va.
Brendy ne put dissimuler sa double déception quand elle réalisa d’abord que Jean ne parlait pas d’elle, et que, de plus, il allait se changer. C’est vrai que cette allure sauvage qu’il avait, serré dans des habits déchirés, n’était pas pour lui déplaire.
— On va où ? demanda PétuniaLove, qui n’avait rien suivi depuis l’épisode 18, absorbée, absente, relativement outrageusement empathique, pleurant devant les vidéos TikTok de jeunes gens dévastés après la destruction de leur maison, de leur voiture, de leur mère, ou d’un autre truc important.
— On doit être à Nevers à dix heures, dit Brendy.
PétuniaLove afficha une moue interrogative et il fallut rejouer le même cirque et expliquer à nouveau la proximité phonétique de « Nevers » et de « neuf heures », ce qui énerva tout le monde. Ceci fait, et bien que vexée par un tel manque de compassion, PétuniaLove intervint.
— Ça va pas être possible, dit-elle en montrant l’écran de son téléphone, Nevers est relativement totalement détruite.
Et effectivement, il semblait que le chef-lieu de la Nièvre ne soit plus qu’un gros cratère fumant dans lequel la Loire se déversait sans conviction.
Jean s’approcha de Brendy. Il lui prit les mains, se plongea dans le bleu de ses yeux et dit :
— Si c’est comme ça, on vous emmène à Perpignan.
— Mais Jean, balbutia Brendy. C’est super loin.
— Non, dit Dominique.
Et l’affaire fut classée. Il fut convenu de passer la nuit chez Marie-Mireille, de faire des provisions, et, à l’aube, de s’en aller, vers le midi, la Méditerranée. Un vol de perdreaux, par-dessus les champs, montait dans les nuages. La forêt chantait, le soleil brillait, au bout des marécages. Le petit groupe, au fond, était soulagé de faire enfin une pause, après toutes ces péripéties, et surtout, pensait Jean, après tous ces allers-retours inutiles en voiture, entre la gare et le village. La France était ravagée, ok, mais c’était pas une raison pour pourrir la planète.
Alors que Brendy s’apprêtait à entrer dans la maison de Jean et de sa mère, elle sentit que le jeune homme la retenait par le bras. Il lui prit les mains, se plongea dans le bleu de ses yeux et dit :
— Brendy, il faut que je vous prévienne. Ma mère est marxiste. Enfin, d’extrême gauche. Elle vote LFI, quoi.
Brendy prit un air horrifié.
— Vous voulez dire que votre mère soutient le Hamas ? demanda-t-elle. Et le Hezbolla ? Et l’État islamique ? Et qu’elle est veut l’instauration du Califat ?
— Oui, quelque chose comme ça, dit Jean. Mais à part ça, je vous assure, elle est super sympa.
— Bon, ok, dit Brendy, l’attention détournée par le téton droit de Jean, subitement révélé par un lambeau de combinaison vivant ses dernières minutes.
Ils entrèrent, à la suite de Marie-Mireille, dans un salon spartiate, de pierre et de bois, sans décoration, sans presque aucun meuble, et dont les petites fenêtres ne laissaient pénétrer qu’un mince halo de lumière.
— Il se passe un truc ! s’exclama PétuniaLove, les yeux toujours rivés sur son téléphone. Le Président veut parler aux Français.
— Qu’il démissionne, ce nazi, lâcha Marie-Mireille.
